Le premier bottier des Berluti s’appelle Alessandro. Menuisier et ébéniste de formation, le pionnier de la famille a l’habitude de travailler le bois et le cuir. A force d’écouter un vieux bottier expérimenté lui raconter sa vie d’autrefois à Marseille, il décide de quitter son village d’Italie, Senigallia, pour aller la France. En route, il se met à fabriquer les souliers d’une troupe de saltimbanques pour leurs passages sur scène. Il arrive ensuite à Paris, en 1985, et c’est à cette période qu’il crée le symbole de la marque, le premier escarpin à lacet. Le secret de son succès : pas de couture apparente et une chaussure réalisée à partir d’une seule pièce de cuir. En 1900, il participe à une exposition universelle qui le fait connaître à un public plus large, notamment à ses futurs clients.
Un succès, un héritage
Alors qu’Alessandro travaille dans son atelier, son fils Torello s’imprègne du métier de bottier, et est, tout comme son père, un grand perfectionniste. Passionné lui aussi de soulier, il crée quelques formes en gardant le style de la maison. Mais lorsqu’il est question de vendre son travail, et même s’il a sciemment conçu pour d’autres, il a du mal à s’en séparer. En 1928, Torello ouvre son premier magasin sous l’enseigne « Berluti, Bottiers de grand luxe ». Mais en 1940, il en ouvre un plus grand, au 26 de la rue Marbeuf, à Paris. On compare alors les chaussures Berluti à de l’art, uniquement accessible à des connaisseurs et des dandys.
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Talbinio, le fils de Torello, apprend le métier de la famille depuis l’âge de 14 ans. Lui et son père font bien la paire : quand le fils imagine et dessine, le père concrétise. En 1959, Talbinio lance « le prêt à chausser de luxe » : les souliers sont alors disponibles immédiatement, ce qui permet à la clientèle de s’élargir davantage. Dès qu’il est inspiré pour créer une forme de chaussure, il la dessine, que ce soit sur une nappe de restaurant, un carnet ou une couverture de livre. La marque devient réellement célèbre au début des années 60. Les stars du monde entier portent du Berluti : Sacha Distel, James de Rotschild, Eddy Constantine ou encore Pierre Mondy.
Olga, la dernière recrue
Entre 1960 et 1980, Talbinio développe la marque et transmet l’héritage de la Maison Berluti à sa jeune cousine Olga. Elle s’intéresse beaucoup au cuir, au pied et au client. En 1968, elle se met à créer des nouvelles formes. Dès 1970, elle travaille en collaboration avec des grands créateurs tels que Yves Saint Laurent, Warhol et Truffaut. Ce qui la démarque de ses prédécesseurs, c’est son concept : le cuir, une prolongation de la peau. Et le cuir, elle aime le travailler. En 1980, elle invente le cuir Venezia, très coloré. Elle applique par-dessus une patine qui rend la couleur transparente. Pour elle, « la patine est l’art qui donne la vie aux souliers », chacun devenant ainsi unique par sa couleur.
Aujourd’hui, c’est elle qui dirige la Maison Berluti et qui fait un tabac avec ses chaussures colorées à patine.










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