Peter Lindbergh
Publié par olivier Jeudi 13 Novembre 2008
Peter Lindbergh fait partie de ce petit vase clos de photographes les plus recherchés au monde. Artiste avec un grand A, il s’intéresse aussi bien à la peinture, à la sculpture, qu’à la photographie.
Peintre ou photographe?
Né en 1944 dans la partie polonaise de l’ex Allemagne de l’Est, il grandit non loin d’un bras du Rhin et de ses rives verdoyantes. Lors de ses longues promenades, à humer l’air frais, il observe d’un œil curieux les usines qui bordent le cours d’eau. Ces grandes bâtisses lui inspirent une sérénité, un doux équilibre entre l’urbanisation et la flegme bucolique. Décidé à devenir peintre, il s’inscrit à l’Ecole des Beaux Arts, puis abandonne les études pour se consacrer aux voyages. Après deux années d’errance, Peter Lindbergh revient à Düsseldorf en 1969 et réalise sa première exposition de sculptures. Gros objets transformables en aluminium, il décline ce qu’il appelle la théorie de la permutation. Mais cette forme d’art ne lui conviendra bientôt plus. Attiré par la photographie, il trouvera dans le noir et blanc les réponses à toutes ses questions.
Une affaire de clichés
Il faudra attendre ses 30 ans pour que l’allemand réalise sa première série photo. Surnommé rapidement par ses inconditionnels le « poète du glamour », l’artiste s’attelle à sa nouvelle passion, et pour cela n’hésite pas à frapper à une multitude de portes pour gagner en prestige. C’est ainsi qu’il parviendra à devenir l’assistant du professionnel Hans Lux. Mentor, ami, Hans Lux forme scrupuleusement l’allemand pendant deux années. 24 mois à apprendre toutes les ficelles du métier, à multiplier les pellicules, les échecs et les réussites, 24 mois qui seront cruciaux dans la carrière de Peter Lindbergh.Devenu indépendant, propose déjà des clichés avec une griffe bien distincte aux magazines. Les images contrastées de son enfance le poursuivent dans ses clichés. Grand amateur des endroits sombres, des entrepôts désaffectés, il plante fréquemment des jeunes files dans un décor métallique. Le magazine Stern, séduit par ces réalisations simples et sensuelles, le publie en 1978.La même année, Peter Lindbergh fait ses valises pour Paris. Romantique invétéré, il ne peut que se plaire dans la capitale de l’amour.
Le charme à la française
Singulier, cavalier seul, Peter Lindbergh aime se promener à des heures improbables le long des quais de la Seine. Un paysage qui lui rappelle vaguement celui qui l’inspirait déjà enfant…Peu à peu, Lindbergh apparaît comme le photographe qui monte. Les photographes aiment son air insouciant, ses clichés détachés. A la fin des années 90, toutes les versions du Vogue, le W, The New Yorker, Vanity Fair, et Rolling Stone ont déballé la tapis rouge pour cet allemand francisé. Pas un numéro ne sort sans qu’un de ses clichés y figure. Un succès bouillonnant qui ne lâche plus l’homme aux mains d’or. Mais la route de la gloire ne s’arrête pas là. Car quand les journalistes commencent à parler de photographes talentueux, les marques ne font pas la sourde oreille. Bientôt Armani, Prada, Donna Karan et Calvin Klein lui signeront des cachets pour leurs futures campagnes publicitaires.
Peter Lindbergh acclamé et reconnu
Son livre Ten Woman de 1996 composé uniquement de portraits noir et blanc est vendu à plus de 100 000 exemplaires. Acclamé pour ses images dites cinématographiques, il devient le magicien du flash, qui fait raconter une histoire à un simple bout de papier. L’un de ses sujets préféré, la femme, est toujours traité avec délicatesse, et grand respect. Le climat de confiance qu’il instaure fait naitre l’une des plus belles photos de Catherine Deneuve sur le Vogue. Dénué de tout maquillage, son regard franc se pose sur l’objectif de Peter Lindbergh comme un chat sur sa méridienne. Imposante, l’actrice dévore les pixels. Homme charismatique, souriant, Peter Lindbergh a tout pour plaire. Ennemi des contraintes commerciales, il « se rend compte qu’il y a de moins en moins de lieux où [il] peux encore être l’enfant terrible qu’il était. Etre sage au détriment d’être pointu, c’est un exercice de style d’une certaine manière. » souligne l’homme. Altruiste avant tout, il défend des causes dès qu’il en a l’occasion. Auteur d’un livre sur Tina Turner vendu en Allemagne au profit de la lutte contre le sida, il n’hésite pas à se servir de son art pour en faire profiter l’humanité.
Pas de maquillage, que du noir et blanc pour sculpter des visages au naturel, sans détournements. Peintre sincère et authentique, Peter Lindbergh ne peut se passer de la réalité pour alimenter chacun de ses clichés. Pas d’absurde intoxication aux sunlights, juste une soif de vérité.



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