Sarah Moon

  • Cacharel, Sarah Moon
  • Monette pour Comme des Garçons, Sarah Moon
  • Photographie par Sarah Moon
  • Pirelli 1972, Sarah Moon
  • Sarah Moon pour Cacharel, 1969
  • Sarah Moon
  • Vogue Japon, Sarah Moon


Images vaporeuses, clichés vieillis, femmes évasives… Les photographies de Sarah Moon sont reconnaissables entre toutes pour leur style unique et inimitable. L’artiste a signé des clichés pour Cacharel, Pirelli, Chanel, Dior ou Vogue.

La photographe Sarah Moon naît en 1941 d’une famille juive dans la France de Vichy. Contrainte de quitter la France occupée, la famille de Sarah Moon s’exile en Angleterre. Adolescente, la jeune française y étudie le dessin. Puis, durant six ans (1960-1966), elle devient mannequin à Londres et à Paris. Dans le milieu du mannequinat, Sarah Moon commence à s’intéresser à la photographie en shootant ses amies top modèles. Elle finit par abandonner le mannequinat pour se consacrer exclusivement à la photographie en 1970.

Une enfance difficile qui a influencé son style

Si Sarah Moon ne parle jamais de son enfance, celle-ci a sûrement influencé son style. Certains clichés de la photographe suggèrent une souffrance de l’artiste, voire même une peur, un enfermement. Sarah Moon écrira même « Depuis 20 ans, je fais presque toujours la même photo. Une photo de mode. Une robe, une femme, ou plutôt une femme, une robe. Dedans – dehors – debout – assise – plus près – plus loin – à l’ombre ou au soleil l’été – l’hiver – peu importe. Je photographie le privilège – l’évanescence – l’improbable ou la beauté – j’y cherche l’émotion et la quête en est d’autant plus désespérante. Souvent j’envie ceux qui savent photographier la vie. Moi je la fuis (…) ».

Ses photos sont uniques et reconnaissables entre mille. Caractérisées par un flou artistique, les photographies de Sarah Moon sont souvent en mouvement, comme si elles ne comportaient pas de premier plan fixe. Les visages de ses modèles sont généralement effacés ou baissés, les yeux sont fermés. Certains sont même amputés, démembrés. Il y a, dans les clichés de Sarah Moon, de nombreuses références aux années 30. Notamment dans l’aspect des clichés : il n’y a pratiquement pas de blanc, certains sont abimés, grattés, salis, comme s’ils avaient été pris il y a plus d’un demi-siècle. D’ailleurs, le travail que joue Patrick Toussaint, son comparse, lors du développement de ses clichés est capital. Les clichés développés par celui-ci sont volontairement dégradés pour leur donner leur aspect de vieilles photos : tâches, griffes et autres accidents. Les photographies de Sarah Moon ne cherchent pas à rendre compte du réel, mais plutôt à le récupérer : « Mes photos sont de la fiction plus que de la réalité. Je charge la fiction de mon sentiment ».

Campagnes Cacharel, Dior et Chanel

C’est au travers des campagnes de Cacharel que Sarah Moon se fait un nom dans le monde de la mode. Durant 20 ans, la photographe signe les campagnes publicitaires – photos et films – de la marque de prêt-à-porter née en 1962. S’en suivent des photographies pour Chanel, Dior, Pirelli, Comme des Garçons ou Vogue. Sonia Rykiel, Christian Lacroix ou Issey Miyake la solliciteront également. Sarah Moon capte une femme nouvelle, mettant en exergue des regards et des attitudes plus qu’un physique.

Quinze ans après ses débuts dans la photographie de mode, Sarah Moon se lance dans une carrière plus artistiques pour photographier Paris sous toutes ses coutures, en noir et blanc. A ce moment là, elle adopte le polaroid noir et blanc avec négatif. Elle en profite également pour se consacrer davantage à sa carrière de réalisatrice. Elle signe plusieurs films parmi lesquels « Mississipi », son premier long-métrage en 1990, « Contacts » (1994), « Lumière et Compagnie » (1996), « J’ai choisi cette photo… » (2000), « Circus » (2002), « Le Fil Rouge » (2005) ou « La Sirène d’Auderville » (2007).

Pour son remarquable travail tant dans la photographie que dans la réalisation de films, « la reine du flou » sera récompensée à de nombreuses reprises. En 1979, elle reçoit le Lion d’Or pour ses films publicitaires pour Cacharel, prix qu’elle recevra à nouveau en 1986, 1987 et 1989. En 1995, elle est récompensée du Grand Prix de la Photographie de Paris. En 2007, elle obtient le Prix du Public de Moscou. L’année suivante, elle reçoit le Grand Prix de la société allemande de photographie, et le Prix Nadar.

A la fin de l’année 2008, « 1, 2, 3, 4, 5 », un livre du travail de Sarah Moon, est sorti. L’occasion pour la photographe française d’organiser une exposition à la Galerie Camera Obscura dans le 14ème arrondissement de Paris. Modèles, portraits, paysages… Les différents éléments photographiés par Sarah Moon durant quarante ans ont été mis à l’honneur par cette exposition. Un bel hommage pour cette photographe d’exception !