Si la crise a parfois le dos large, il y a une chose que l’on ne pourra pas lui retirer : elle a donné au monde une sacrée leçon d’humilité. Nous n’étions finalement pas si invincibles que cela. La toute puissance a laissé place à un peu de modestie et dans nos styles aussi.
La femme, nouvelle fille à la mode
En quelques saisons, on a échangé nos vestes à épaulettes/paillettes Balmain et nos treggings contre des manteaux de laine beige. La radicalité de la transition n’a pourtant pas souffert de problème d’adaptation : impossible de ne pas s’être rendu compte de la manière dont cette mode anti-bling, inspirée entre autres des années 70, a envahi nos boutiques et nos placards en cet hiver : une adoption immédiate.Un revival porté par plusieurs maisons, notamment Céline, Chloé et Stella McCartney. 3 marques en lien étroit si l’on se rappelle que ce sont Stella McCartney et Phoebe Philo qui ont réveillé Chloé dans les années 2000, avant que la première ne crée sa marque et que la seconde ne rejoigne Céline, alors remplacée par Hannah MacGibbon. C’est, entre autres, grâce à ces filles et leur notion de la mode, que l’on doit aujourd’hui cette nouvelle silhouette. Plus architectes que décoratrices, elle ont imaginé une mode subtile, graphique, ‘clean-cut’, qui valorise un autre genre de femme que l’égérie filiforme rock des années 2000 à la Kate Moss et consorts.
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envoyé par shadows_lisa. - Regardez plus de courts métrages.
Et alors que Marc Jacobs et la série Mad Men mettent sur le devant de la scène une silhouette ‘à l’ancienne’, parfois caricaturale, il semble que la femme soit la nouvelle fille à la mode.
Les codes du classique
On revient donc à une mode classique, féminine et plus sexuée : des pantalons larges taille haute, des chemises à col lavallière, des robes 3 trous, des jupes au genou, des vestes box ou version homme, des manteaux longs et enveloppants et même le ringard ‘total-look’ retrouve un peu de noblesse. De la structure et du sérieux en quelque sorte, pour faire ressortir la Lauren Bacall qui sommeille en nous. Et du camel, surtout du camel, encore du camel. Suzy Menkes du International Herald Tribune l’a résumé en une phrase ‘It can be any color, as long as it is camel.’ Le camel – et par extension les déclinaisons du beige - est la couleur ‘de bon goût’ par excellence : bon-chic bon- genre, discrète, elle est consensuelle au possible et incarne cette mode sans tapage et intemporelle.De l’intemporalité
Et d’intemporalité, il est particulièrement question ici. Car pas d’une-saison-puis-s’en-va, cette nouvelle donne semble bien être amenée à durer. La mode semble en effet s’orienter vers un nouveau modèle : après des saisons qui venaient ‘casser’ systématiquement ce qui avait été fait la précédente, les tendances semblent s’ancrer dans une nouvelle dynamique de temps. Le preppy, l’outerwear, le militaire...autant de styles qui se sont installés saisons après saisons, chacune proposant de nouvelles alternatives esthétiques mais ne remettant pas en cause les fondements.Retour à la réalité des corps
Une mode plus long terme, pour des vraies femmes qui ne font pas forcément du 34 et qui n’ont plus 14 ans ? Et si après des années de volonté revendiquée mais non affichée d’arrêter le jeunisme et les mannequins irréelles, le vrai changement était en passe de s’opérer ? Alors que les initiatives des magazines ‘sans retouches’ se multiplient, que Louis Vuitton et Miuccia Prada faisaient défiler les rondeurs douces de Laetitia Casta pour cet hiver, Albert Elbaz réitère dans sa vidéo pour sa collaboration avec H&M où les - très - filiformes croisent les rondes et les âgées.Les plus jeunes elles-mêmes se retrouvent dans cette mode plus adulte, plus intelligente, qui entrouvre l’idée d’une certaine crédibilité par le vêtement. Les collections de Zara totalement dans cette mouvance et prises d’assaut en témoignent.
De la discretionUne mode moins paillettes, sérieuse, plus consciente des personnalités, plus responsable car plus durable... et plus ennuyeuse ? Assurément pas. On préférera simplement l’élégance à une allure de ‘Luxury prostitute’ comme l’avait élégamment définie Christophe Lemaire, le nouveau directeur artistique d’Hermès dans une interview au New York Magazine. Des propos qui trouvent un echo tout particulier lorsqu’ils viennent du chef de file de cette nouvelle génération de designers, dont la discrétion est à l’image de leur vision de la mode : Phoebe Philo, Hannah MacGibbon, Sarah Button qui reprend les collections de l’excentrique Alexander McQueen, le studio Maison Martin Margiela qui fonctionne désormais sans leader, le hautement talentueux Guillaume Henry qui reveille Carven...
l’attitude ‘dictateur artistique’ des années 2000 fait maintenant dépassée et les coups d’éclats à la Lindsay Lohan chez Ungaro, d’un autre temps. Ce sont maintenant à des experts des formes, des tissus, des matières, à des personnes qui ont fait leur preuve en studio que l’on confie les reines. Les superstars ont laissé la place aux créateurs, qui s’en plaindra ?
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